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Allons nous abandonner l'éolien en mer ?



La possible arrivée au pouvoir du RN amène à nous interroger sur les conséquences dans le secteur de l'énergie d'un tel évènement. Et plus particulièrement, quid de l'éolien en mer alors que le RN a exprimé un rejet complet du secteur (voir par exemple ici le communiqué de presse sur le projet de St Nazaire https://rassemblementnational.fr/communiques/eoliennes-offshore-on-saccage-nos-mers-on-vire-nos-marins ou celui sur le projet éolien flottant à La Réunion https://rassemblementnational.fr/communiques/parc-eolien-au-large-de-la-reunion-halte-aux-derives-de-lecologie-destructrice).


Lors de la publication des derniers résultats de l'appel d'offres en Bretagne Sud, il s’est agit pour les éditorialistes de tout bord d’expliquer que les lauréats ont répondu à peu près n’importe quoi et que jamais les projets ne verront le jour aux si bas prix annoncés. Ce procès en incompétence pour les gagnants est vrai et pour EDF pour l’appel d’offres (AO) 4 en zone manche et pour Elicio /Bayway.re pour l’AO5 en Bretagne Sud dont les résultats ont été récemment dévoilés. Mais l’histoire récente de ce secteur nous enseigne que la réussite a sourie aux audacieux.


Mais ce procès « en prix trop bas » qui a été fait à EDF lauréat pour l’AO 4 en zone manche et est fait à Elicio /Bayway.re pour l’AO5 en Bretagne Sud est-il vraiment justifié ? Dans les deux cas les projets n’ont pas des prix incohérents. EDF a remporté la zone en Manche pour un projet de 1 GW avec des turbines de 20 MW + pour un prix de 45 €/MWH… équivalent au prix obtenu sur la zone de Dunkerque (AO3) pour 600 MW et des éoliennes initialement prévues à 8 MW et qui seront probablement d’au moins 12 MW. Elicio et Bayway.re ont remporté l’AO5 éolien flottant avec un prix de 86 €/MWh pour un projet de 250 MW et des turbines de 20 MW + également. Ce prix n’apparait pas hors sol. Il est près de deux fois supérieur à celui de EDF utilisant la même génération de turbine en zone Manche. Il intègre, de plus, un moindre effet d’échelle et une prime de risque lié à la technologie flottante plus récente.


Les projets souvent utilisés en référence pour critiquer ce dernier prix sont ceux issus d’un AMI de l'ADEME de 2016 lancé pour des projets éoliens flottants pilotes de 25 à 30 MW en Méditerranée. Leur tarif d’achat de l’électricité générée est de 240 €/MWh, soit 3 plus chers que pour le projet en Bretagne. Mais ces projets sont 10 fois plus petits avec des turbines entre 2 et 3 fois moins puissantes. Cette comparaison entre des fermes « démonstrateurs » et un projet industriel n’a en fait pas de sens.

La CRE - Commission de régulation de l'énergie, dans son analyse des offres pour l’AO5 récemment publiée révèle par ailleurs que la moyenne des tarifs proposés par les différents consortiums participant à la compétition est de 101 €/MWh, soit bien loin du plafond de 140 €/MWh de l’appel d’offres. Sans aucun doute, le tarif proposé par le consortium lauréat en Bretagne est bas, mais il n’apparait pas d’un ordre de grandeur significativement différent de ceux de ces principaux concurrents qui ont tous proposés des turbines de 20 MW +. Mais peut-être sont-ils tous aussi incompétents que le lauréat … ?

Pour enfoncer le clou de leurs analyses, les commentateurs s’appuient largement sur les contreperformances récentes dans le secteur de l’éolien en mer d'Ørsted aux États-Unis et du dernier appel d’offres en Grande-Bretagne. 


En ce qui concerne Ørsted, c’est vrai que le groupe danois spécialiste de l’éolien en mer a décidé d’abandonner les projets Ocean wind 1 et 2, qui représentaient une puissance cumulée de plus de 2 GW notamment pour cause dérive budgétaire en lien avec l’inflation. Mais dans le même temps, Ørsted a annoncé la décision finale d’investissement dans le projet éolien en mer Revolution Wind (704 MW) en JV avec la société Eversource (Connecticut/Rhode Island). Plus récemment, la société danoise a également annoncé toujours avec Eversoucre la décision finale d’investissement dans le projet Sunrise de plus de 900 MW (New York).  Comme quoi, certains projets sont annulés, mais d’autres avancent. Mais c’est toujours des trains en retard dont on parle et plus rarement de ceux qui partent à l’heure.


En Grande-Bretagne, il est vrai que 2023 a été marqué par l’échec de la 5e mise aux enchères des « contrats par différence » dit CfD. Jusqu’à 5 GW était attendu, mais aucune offre n’a été faite pour cause de prix plafonds incluant la connexion portée à 44 £/MWh, considéré bien trop bas par le marché. Là encore, il s’agit d’un cas bien spécifique.Même avec l’annulation de plusieurs projets pour cause d’environnement moins favorable, les investissements dans l'éolien en mer dans le monde ont atteint un nouveau sommet en 2023, celons Bloomberg à 77 milliards de dollars. Il s’agit d’un bond de 79 % en comparaison avec l’année précédente. Donc oui le secteur subit l’inflation de taux et des couts matières, mais cela n’empêche pas des investissements importants et des prises de risques dans le secteur.


Il n'est pas inutile de rappeler que durant la procédure du premier appel d’offres éolien en mer en France (2011/2012), il y a déjà eu le même type de procès en incompétence notoire pour les lauréats d’alors avec des tarifs attribués entre 200 et 220 €/MWh jugé trop bas (voir par exemple ce qu'en disait Les Echos à l'époque https://www.lesechos.fr/2013/11/eolien-en-mer-incertitudes-sur-le-premier-appel-doffres-330885) On sait depuis que des turbines de tailles plus importantes qu’initialement prévues ont été installées et les tarifs ont été largement revus à la baisse entre 130 et 150 €/MWh depuis. 


Ainsi, on peut légitimement se demander si la France a les moyens de se priver d'une filière à large contenu industriel local capable de délivrer massivement une électricité "bas carbone" avec des prix particulièrement compétitifs affichant une des dynamiques les plus importantes dans le secteur de l'énergie dans le monde. "A l'heure des choix chacun est libre" disait la Princesse Leia dans Star Wars à Han Solo (épisode IV pour les connaisseurs), mais il faudra ensuite bien en assumer les conséquences. Alors aux urnes citoyen et bon vote à tous. 

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